Les feuilles pas mortes

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jeudi 17 juillet 2014

En Amazonie Infiltré dans le "meilleur des mondes" - Jean-Baptiste Malet

enamazonie.jpg C'est chez Fayard que Jean-Baptiste Malet a publié en 2013 son enquête sur les conditions de travail des salariés d'Amazon en France. Le recours aux intérimaires, la logique d'entreprise destructrice de lien social, la pression exercée sur le personnel pour que rien ne sorte des entrepôts (qu'il s'agisse d'objets physiques ou de témoignages), l'idéologie imposée aux salariés, voici ce que vous trouverez dans cette enquête qui a fait un peu de bruit à sa sortie.
Franchement, c'est vite lu et les faits relatés parlent d'eux-mêmes (vous pourrez me dire que dans beaucoup d'entrepôts ou usines c'est un peu pareil, mais là il y a quand même une idéologie, une devise "work hard, have fun & make history", ce qui donne vraiment l'impression que les gens sont pris pour des jambons). Il manque peut-être des éléments sur la stratégie mondiale de l'entreprise ou des parallèles plus détaillés sur d'autres firmes ou groupes, mais c'est une enquête accessible, grand public qui permet de savoir ce qui se cache derrière de simples commandes honorées à temps dans des délais record, sans surcoût de frais de port. A chacun de voir ensuite ce qu'il préfère : continuer à fermer les yeux et consommer en deux, trois clics ou faire en sorte de ne pas cautionner ce type de marché. Pas de jugement de ma part, hein, mais juste pour rappel :

  1. en librairie ou dans un bon nombre de maisons de la presse, on peut commander un livre, sans surcoût. Ok, il faut attendre un peu que le point de vente soit livré mais sommes-nous dans l'urgence pour lire un livre... ou du moins pour l'acheter...
  2. il existe des librairies indépendantes qui proposent de la vente par correspondance. Et oui, le port a un coût, pour tout le monde.


Je lève la tête et contemple le hangar de la cellule 6 où je me trouve. A Montélimar, c'est sur plus de 36000m2 que s'étale l'usine. "Usine", car les entrepôts logistiques d'Amazon sont organisés selon une chaîne de production, avec une division des tâches très stricte. Si l'usine ne fabrique pas de la marchandise, elle produit littéralement des colis.

La distinction entre le bon grain et l'ivraie des intérimaires se fera selon leur degré de "motivation". "Motivation" désignant implicitement les performances de productivité, évaluées par ordinateur quel que soit le poste où l'on se trouve. En effet, très régulièrement, plusieurs fois pendant la nuit de travail, le lead vient vous informer de votre "prod", votre productivité.


Et voilà pourquoi le "have fun" fonctionne si bien. Une fois éloigné de sa vie civile d'antan, il est proposé au salarié d'Amazon, dont le salaire est celui d'un ouvrier, des activités de divertissement gratuites. Bowling, cinéma, fêtes, sorties diverses... C'est dans le cadre du travail que la convivialité humaine se développe et s'enracine. Cette convivialité façonnée par Amazon ne se contente pas de dissoudre les anciennes convivialités, jadis construites par le travailleur lui-même. Par l'occupation de son temps libre, le "have fun" élabore des nouveaux rapports sociaux. C'est une technique d'ingénierie sociale destinée à tisser autour du travailleur une mécanique d'emprise.


Pour aller plus loin :

une interview de l'auteur, réalisée par Margaux Duquesne
un article de rue89 sur l'entrepôt de Chalon-sur-Saone


Grimmy

jeudi 13 mars 2014

La Parole et l'écriture - Louis Lavelle

paroleetecriture.jpgUn peu de philosophie pour changer. Je n'en achète presque jamais mais là, un titre sur la parole et l'écriture, réédité par les éditions du Félin, en poche à 8,90€, je n'ai pas pu résister. Afin de découvrir de quoi il s'agit, je vous invite , d'abord à vous rendre ici, non pas que je sois très paresseuse (quoique), mais parce que pour le coup, je ferais une présentation bien en-dessous de celle réalisée par l'éditeur.
Vous êtes encore là? Bon, alors, déjà il s'agit d'un ouvrage bien fait (papier agréable, pas trop blanc, maquette simple mais bien réalisée, avec une préface de Philippe Perrot qui contextualise bien le texte). Ensuite la Parole et l'écriture fait partie des oeuvres morales de Lavelle. Paru en 1942, ce texte propose une réflexion intéressante sur les moyens d'expression et sur le silence. Le tout abordé de manière très fine, avec des mots simples, dans des chapitres courts. Une belle lecture, qui permet de réfléchir posément (parce que oui, il faut un peu de temps pour digérer le contenu) aux mots que nous utilisons, à ce rapport que l'expression orale ou écrite entretient avec le monde. Oui, les mots sont importants et puissants. Ce texte nous le rappelle, de manière beaucoup trop mystique pour moi (en même temps j'achète un livre sans connaître l'auteur, faut pas s'étonner non plus). Je vous laisse juger sur pièce :

C'est par la parole et par l'écriture que les hommes réussissent à capter tous ces éclairs secrets qui traversent chaque conscience, pour en faire une atmosphère de lumière qui est commune à toutes. C'est par elles que le sceau de chaque solitude se trouve rompu et le fossé qui sépare les différentes solitudes traversé.


Elle (l'écriture) n'est rien sans le style que la parole n'atteint que dans certaines réussites. Mais le mépris du style, si commun aujourd'hui, est le signe de la bassesse d'âme.


Le silence est l'atmosphère de notre esprit. La lumière dissipe la nuit, mais le son traverse le silence, qui le supporte, sans l'abolir. Il est comme l'air où la flèche vole, comme la mer que fend le navire. La parole ne laisse pas plus de trace dans le silence que la flèche dans l'air ou le navire dans la mer.


Quand on dit : il faut lire ce livre, on a tort de penser qu'il s'agit d'une même opération à laquelle tous les hommes peuvent être conviés et qui, pour un moment, les égalise. Car on ne lit jamais le même livre, on ne le lit pas avec le même regard, on n'y voit pas les mêmes choses, on n'en tire pas les mêmes leçons, on n'en parle pas dans le même langage.


Grimmy

mercredi 5 mars 2014

Tombeau pour Laurencine C. et autres poèmes - Marc Le Gros

tombeau.jpg Marc Le Gros est un poète breton, que je connaissais de nom mais que j'ai découvert un peu par hasard (nos lectures sont souvent faites ainsi : un livre qui traîne sur une étagère, un cadeau, une rencontre). Je n'ai pas (encore) lu ses autres ouvrages mais souhaitais vous présenter Tombeau pour Laurencine C. et autres poèmes. Edité par La Part commune (je vous laisse découvrir cette maison ici), c'est un texte qui m'a touchée. D'après quelques présentations glanées sur le net, ce recueil marque une sorte de rupture, de pause, dans le parcours de l'auteur. Il faudra que je lise ses autres textes pour bien le percevoir mais en tout cas, ces poèmes retranscrivent sensiblement et simplement une ambiance, celle d'un Trégor (si vous ne savez pas où est le Trégor, je vous invite à regarder par ) qui disparaît, un Trégor simple, avec un rapport très matérialiste aux éléments, à la mer, à la langue. C'est un bel hommage à sa grand-mère, à son époque. Je reconnais, dans ces évocations, des éléments qui ont, j'en suis sûre, façonné ma grand-mère, qui ont modelé mes parents, qui expliquent leurs rapports à la vie, au monde. Je crois que s'il savait mettre ainsi son enfance en mots, mon père aurait pu écrire une partie du préambule. Je suis également persuadée qu'un certain nombre de personnes peuvent aussi reconnaître des fragments de leur histoire dans ce tombeau. Je suis plus jeune que Marc Le Gros, d'une bonne génération, mais pour moi aussi, la langue bretonne était une langue mystérieuse, utilisée pour le coup par ma grand-mère quand elle ne voulait pas que nous comprenions ce qu'elle disait, le même usage pour ainsi dire que celui des parents de l'auteur :

"Lorsqu'ils s'en servaient et c'était là, je pense, un usage qui n'était pas rare à l'époque, c'était comme d'une sorte de langage secret lorsque les enfants ne devaient pas entendre c'est-à-dire, selon la simple étymologie, pas comprendre. (...). C'était comme si on avait éteint brusquement la lumière. Quelque chose, c'est sûr, se tramait derrière notre dos. Le Breton fut ainsi longtemps la plus étrange, la plus douloureuse des langues : celle de l'interdit et de l'exclusion, pire même, celle du complot."


Terenez.jpg
cliché de Terenez pris et partagé par JF Perigot, sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported


Pas d'exactitude linguistique ni de sensiblerie, il s'agit davantage d'instantanés un peu bruts. Pour moi, c'est justement ce parti pris de "ne pas faire beau", de ne pas enjoliver ni recréer un Trégor rêvé d'antan qui donne tout son intérêt à ces textes. J'ai lu un texte honnête, qui ne ment pas et j'ai apprécié le regard de l'auteur qui définit ainsi son territoire : Ce qui est faux peut être exact. C'est là pour moi aujourd'hui le territoire paradoxal où le poète, du moins le poète fatigué des jolies rhétoriques apprises et des complaisances de ce que j'appelle volontiers la "poésie poèt poèt", peut chasser. Sans trop d'illusions mais sans trop de ridicule non plus. Il faut dire que dans ce domaine la Bretagne est en pointe. Tradition bardique oblige, le "grotesque triste" conjugué aux trémolos vaniteux et à une couleur locale de pacotille, le dispute souvent à la très banale, à la très ordinaire médiocrité. Je vous laisse en découvrir quelques extraits :


On fera comme j'ai dit
Et tu vas pas me commander à mon âge
Langouste à gogo
D'ailleurs j'ai vu Aline hier
Elle m'aura des faibles aux Viviers
J'espère que je vais pas cette fois-ci rater
Ma mayonnaise
Car le temps c'est pas ça encore
Orageux que c'est


A Ty louzou que c'est arrivé
Un malaise sensément
Celui-là n'était plus tout jeune non plus
En train de pêcher
Un toutriste
Des bigorneaux de chien qu'on a trouvés
Dans son seau

Je n'ai rien à dire je crois bien
Je ne réponds de rien ça c'est sûr
Ni de moi ni
De la poésie j'oserais pas
Mes yeux mortels mes yeux
De chair toujours au bord du couteau
Regardent seulement le paysage
A le toucher presque à
Le manger oui
J'ai toujours aimé regarder les choses de près


Grimmy

jeudi 21 novembre 2013

Tokyo instantanés - Muriel Jolivet

tokyo-instantanes.jpg Muriel Jolivet est une sociologue installée au Japon et enseignant à l'université. Elle propose ici dans ce recueil d'instantanés (recueillis entre 2006 et 2011) des impressions sur la société nipponne, les siennes mais aussi celles de ses étudiants.

C'est un livre qui peut se picorer petit à petit et qui présente donc l'intérêt de présenter des petits faits quotidiens, qu'ils soient perçus par l'oeil averti d'une sociologue occidentale ou racontés parfois naïvement par des étudiants. Ce double regard apporte de la diversité dans les thèmes traités et les manières de raconter. On sort du Japon fantasmé et on entre dans un Japon moderne réel, dans l'intimité des habitants, tel que le suggère la citation de Marie N'Diaye mise en exergue : "Un écrivain, c'est quelqu'un qui regarde par les trous de serrure..."

L'objet livre en lui-même est de bonne facture : couverture en dur, reliure solide, couverture, dos et 4e de couverture soignés, maquette agréable et soignée, délicate, notes pertinentes. Rien à redire sur le travail éditorial mené par Elytis, dont je vous laisse découvrir le catalogue sur leur site ici.

C'est un recueil divertissant, intelligent, sensible (au premier sens du terme). J'ai pris du plaisir à le lire et y ai appris de petites choses sur la société japonaise. Je compte d'ailleurs lire également de la même auteur Homo Japonicus. Quelques extraits apéritifs :

Il y a quelques jours, je suis montée dans le dernier wagon d'un train en partance pour Shinjuku, en pensant qu'il y aurait moins de monde. Sur le wagon, Women only était inscrit en grandes lettres. Je n'ai pas hésité une seconde, en pensant que je serais à l'abri des satyres. Le wagon sentait très bon.

Les cafés à BD sont appréciés par les gens de toutes les générations qui ont raté leur dernier train, parce qu'on peut y passer la nuit dans un fauteuil douillet, avec toutes sortes de divertissements à notre portée (manga, internet, magazines, journaux) avec un choix de boissons (non alcoolisées), le tout pour la moitié du prix d'un capsule hôtel.

Je viens de commencer à faire des démarches pour chercher du travail. Je trouve bizarre qu'on soit tous habillés pareil en costume noir. On croirait assister à un enterrement.

Ce livre est donc disponible chez Elytis pour 16 euros (enfin c'est ce qui est indiqué sur mon livre mais avec la valse des tva, ça a pu bouger d'un iota).

Grimmy

lundi 3 décembre 2012

Le bilan de l'intelligence - Paul Valéry

Mise en page 1Ce texte de Paul Valéry est celui d'une conférence prononcée le 16 janvier 1935. Il est disponible pour 3 euros dans un joli petit livre édité par Allia.

Plus de 70 ans après cette conférence, son contenu n'a pas pris trop de rides (un peu quand même, soyons honnêtes!). Je vous en laisse juger ! Pour ma part, je le trouve d'autant plus d'actualité que nous vivons aujourd'hui dans un monde où nous parlons d'"économie de l'attention"...

L'interruption, l'incohérence, la surprise sont des conditions ordinaires de notre vie.Elles sont même devenues de véritables besoins chez beaucoup d'individus dont l'esprit ne se nourrit plus, en quelque sorte, que de variations brusques et d'excitations toujours renouvelées.

C'est le capitalisme des idées et des connaissances et le travaillisme des esprits qui sont à l'origine de cette crise.

L'épithète est dépréciée. L'inflation de la publicité a fait tomber à rien la puissance des adjectifs les plus forts. La louange et même l'injure sont dans la détresse; on doit se fatiguer à chercher de quoi glorifier ou insulter les gens!



Grimmy

jeudi 1 novembre 2012

L'autofictif prend un coach - Eric Chevillard

autofictif-coach.jpg L'autofictif prend un coach fait partie des livres qui ont hanté (ou plutôt enchanté) mon chevet pendant 7 mois. Ca peut paraître beaucoup mais ce n'est pas tant que ça en fait car je le lisais bout par bout (histoire de bien savourer, je ne vous ai jamais raconté qu'enfant je pouvais passer trois-quart d'heure avec un Nougati?). Mais qu'est ce donc que ce livre rose avec un tigre à chapeau en couverture?
Il s'agit du journal presque intime d'Eric Chevillard (un auteur qui s'est battu pour avoir un tigre en couverture, plutôt qu'un ours sur un ballon ! Vouuuuui, c'est l'éditeur qui a cafté au SLP). Eric Chevillard, donc, qui aurait préféré un tigre, peut-être en clin d'oeil amical à la revue-journal-magazine Le Tigre (dont je vous déjà parlé précédemment) tient un blog que je vous recommande chaudement, L'Autofictif (allez-y cliquez, vraiment ça peut illuminer vos journées). De ce blog est extraite la substantifique moëlle de L'autofictif prend un coach, qui prend la suite de L'autofictif, L'autofictif voit une loutre, L'autofictif père et fils. Tous sont édités par les éditions de l'Arbre vengeur (que je vous recommande aussi, allons-y, c'est ma tournée aujourd'hui).
J'aime lire Chevillard sur son blog et j'aime également le lire bien après dans sa version papier, loin de mes écrans. J'espère que vous l'aimerez aussi.

Je me rengorge de mon importance à la pensée que le SAMU se tient prêt à intervenir vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour me sauver la vie.


Vaut-il vraiment mieux lire un auteur médiocre que ne pas lire du tout, comme je l'entends souvent dire? Plutôt mal manger que ne pas manger du tout, certes, mais on peut aussi préférer une nuit paisible à un débilitant cauchemar.


Qui dit alcool dans le sang dit aussi sang dans l'alcool et l'on conçoit mieux, d'un coup, l'hérésie du mélange.



Grimmy

mercredi 14 décembre 2011

Charb n'aime pas les gens - Chroniques politiques 1996-2002 - Charb

charb.jpg Je ne suis pas une lectrice de Charlie hebdo (jamais vraiment accroché) et n'avais donc pas lu les chroniques qu'y publie Charb avant de m'attaquer à ce recueil de chroniques édité chez Agone.

La consommation, les guerres, le sexisme, le racisme ordinaire, la bêtise, tout est villipendé par le satiriste, et on ne peut que hocher la tête en se disant que oui, c'est bien vu, en effet. On ne peut que rire (jaune) également car les billets d'humeur (parfois bileuse) révèlent une plume féroce, drôle. On rit d'autant plus jaune qu'avec le recul, on se dit que c'était déjà comme ça il y a dix ans... Sauf que maintenant, c'est encore pire, non?

Bref, au départ, juste après avoir terminé la lecture de ces chroniques, je me disais que finalement, on pouvait plutôt dire que Charb aime trop les gens, d'où son "indignation" contre la bêtise. Bon... (silence, raclement de gorge, sourire), c'était sans compter sur mes petites investigations sur le Net qui me laissent bien perplexe. Yep, je suis assez perplexe car les textes sont sans compromission alors que la lecture de quelques articles assez fouillés semblent révéler que leur auteur n'est pas IRL aussi intègre que dans ses textes (ce n'est pas le premier ni le dernier me direz-vous). En dehors des histoires autour du journal (je vous invite à lire cet article d'Acrimed), je suis gênée par l'affaire Siné (ok, ça a à voir avec le journal mais cela va au-delà, je crois) et par le fait qu'il ait participé, en tant que dessinateur de plateau à une émission de Marc-Olivier Fogiel sur M6. Bon, je sais qu'il faut bien bouffer mais tout de même, après avoir lu les chroniques, c'est un peu fortiche de voir que l'auteur accepte ce type de mascarade (j'ai jamais vu l'émission mais bon, sur le principe). Bref, j'ai bien quatre TER ou trains corail de retard sur tout ça (ou même dix diligences), mais je suis un peu partagée sur l'homme. Enfin, tout ça n'enlève rien à son talent de chroniqueur, morceaux choisis (presque aléatoirement) :

Des journalistes de quotidiens locaux ou régionaux, j'en ai fréquenté. Par intérêt, par lâcheté, parce qu'il faut bien vivre, ils se sont résignés à vivre à genoux. Qu'ils apprennent donc maintenant à vivre fauchés. C'est plus difficile mais c'est moins honteux.

Il y a deux types de journaux honnêtes. Il y a ceux qui ne vivent pas du tout de la publicité et il y a ceux qui ne vivent que de la publicité. Au moins, on est sûr que le journal aux mains des annonceurs est une merde. Aucune ambiguïté, c'est marqué dessus : "Je suis vendu." Le journal qui ne peut vivre sans pub mais dont la pub ne représente pas 100% de ses revenus se targue d'être indépendant, insensible aux pressions des annonceurs. (...). Qu'un quotidien dépende à 100% de la pub ou bien à 40%, la situation est la même. Sans pub, Metro et Vingt Minutes ne vivront pas. Sans pub, Libération et Le Monde crèvent. Qu'il soit gratuit ou payant, un quotidien est aussi libre que ses annonceurs le lui permettent.


Le jour où la misère ne dérangera plus personne, il faut que ce soit le jour où la misère n'existe plus et non pas le jour où on aura parqué tous les pauvres hors des centres-ville. Les pauvres font chier, et c'est tant mieux. L'exclu discret, invisible, effacé, qui laisse croire que la misère est supportable, est un agent du gouvernement.


Grimmy

mercredi 7 décembre 2011

Petite vie des grands hommes - Laetitia Bianchi

petitesvies.jpg Petites vies des grands hommes est un livre qui se picore. A travers l'énumération de faits quotidiens, Laetitia Bianchi dresse des portraits en creux d'hommes qui ont marqué l'Histoire (allez, je me fais plaisir avec un beau H majuscule).

Dans cette édition 2011 (la première édition, parue en 2010, fut rapidement épuisée), vous trouverez les biographies de Malraux, Frédéric Le Grand, Hemingway, Nerval, Mao, Liszt, Verlaine, Louise de Vilmorin, Ben Laden, Diderot, Jules Verne, Sade, Léonard de Vinci, Machiavel, Proust.

Vous pouvez d'ores et déjà vous faire une idée sur ces "petites vies" en allant vous promener sur le site de l'éditeur félin, Le Tigre : http://www.le-tigre.net/-Petite-vie-des-grands-hommes-.html. Après, pour les plus curieux, le livre est à 6 euros (c'est moins qu'un titre de presse paparazzi-people type Melmangedesnouilleschinoiseslemidi non? Non. Bon, tant pis, mais c'est plus "classe" et sans pub), chez votre libraire préféré.

De ma première lecture de cet opuscule (oui, j'aime bien ce mot un peu désuet), je retiens surtout que décidément, Hemingway n'était pas quelqu'un de fréquentable et que Nerval me touche toujours en plein coeur.

En décembre 1933, Hemingway tue trois lions, un buffle et un rhinocéros au Kenya. Hemingway tombe malade lorsque Thompson abat un rhinocéros dont la petite corne est plus grande que la grande corne du sien.


1947 : Hemingway interrompt une tortue en train de forniquer et la met sur le dos sur son bateau, où elle devient violette et meurt.

Je vous avais prévenus qu'il n'était pas fréquentable.

1841 : première crise de folie. Nerval promène un homard vivant au bout d'un ruban bleu dans les jardins du Palais-Royal - En quoi un homard est-il plus ridicule qu'un chien, qu'un chat, qu'une gazelle, qu'un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre? J'ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n'aboient pas...



Grimmy

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