Les feuilles pas mortes

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lundi 3 décembre 2012

Le bilan de l'intelligence - Paul Valéry

Mise en page 1Ce texte de Paul Valéry est celui d'une conférence prononcée le 16 janvier 1935. Il est disponible pour 3 euros dans un joli petit livre édité par Allia.

Plus de 70 ans après cette conférence, son contenu n'a pas pris trop de rides (un peu quand même, soyons honnêtes!). Je vous en laisse juger ! Pour ma part, je le trouve d'autant plus d'actualité que nous vivons aujourd'hui dans un monde où nous parlons d'"économie de l'attention"...

L'interruption, l'incohérence, la surprise sont des conditions ordinaires de notre vie.Elles sont même devenues de véritables besoins chez beaucoup d'individus dont l'esprit ne se nourrit plus, en quelque sorte, que de variations brusques et d'excitations toujours renouvelées.

C'est le capitalisme des idées et des connaissances et le travaillisme des esprits qui sont à l'origine de cette crise.

L'épithète est dépréciée. L'inflation de la publicité a fait tomber à rien la puissance des adjectifs les plus forts. La louange et même l'injure sont dans la détresse; on doit se fatiguer à chercher de quoi glorifier ou insulter les gens!



Grimmy

dimanche 24 octobre 2010

Essai sur l'art de ramper, à l'usage des courtisans - Baron d'Holbach

Essai_sur_l__art_de_ramper.jpg Ce très court texte, au titre si évocateur, ne constitue pas à l'origine une œuvre en soi, mais est extrait de la Correspondance littéraire, philosophique et critique, adressée à un souverain d'Allemagne, de Grimm et Diderot. Il méritait bien, cependant, une édition à part entière. Nous retrouvons là l'ironie, la vivacité d'esprit et de langue, la férocité même, du siècle de l'Encyclopédie. La densité littéraire et la maîtrise de l'art rhétorique (antiphrases, métaphores, sens de l'aphorisme, balancements...) lui donnent une place de choix dans cette grande tradition du libelle satirique qu'on pourrait faire remonter à Lucien de Samosate.

Inutile ici, je pense, de parler des éditions Allia, dont la qualité bien connue rend la lecture de cette prose des plus agréables:

Il est quelques mortels qui ont de la roideur dans l'esprit, un défaut de souplesse dans l'échine, un manque de flexibilité dans la nuque du cou ; cette organisation malheureuse les empêche de se perfectionner dans l'art de ramper et les rend incapables de s'avancer à la Cour. Les serpents et les reptiles parviennent au haut des montagnes et des rochers, tandis que le cheval le plus fougueux ne peut jamais s'y guinder. La Cour n'est point faite pour ces personnages altiers, inflexibles, qui ne savent ni se prêter aux caprices, ni céder aux fantaisies, ni même, quand il est besoin, approuver ou favoriser les crimes que la grandeur juge nécessaires au bien-être de l'Etat.


Voyez donc quel mauvais esprit M. le Baron met dans ses propos. Pis, quel mépris: ainsi faire usage de métaphores animalières si dégradantes pour la dignité humaine! On a cherché querelle à M. Badiou pour moins que cela.

Il serait d'ailleurs injuste de ne pas célébrer dans ce billet nos reptiles démocratiques modernes. Quoi? tant d'éloges pour l'homme de cour de l'Ancien Régime, qui ne devait plaire qu'à UN seul souverain, faire sienne qu'UNE seule idéologie ; et pas un mot pour ces souples et insaisissables serpents qui depuis si longtemps glissent insidieusement dans les sentiers de l'Elysée? Quel affront! Vous n'imaginez pas quelle abnégation, quelle maîtrise de soi il leur a fallu pour faire don de leur auguste personne à la Nation, au mépris de tout Idéal. Et quelle dextérité, pour des serpents, de passer ainsi maître dans l'art du retournement de veste! M. le Baron d'Holbach ne nous en voudrait pas, je pense, de leur témoigner toute notre déférente admiration à la lecture son Essai.

Attila